LA FOLLE ASCENSION D’ANTHONY BOUTHIER

LA FOLLE ASCENSION D’ANTHONY BOUTHIER
LA FOLLE ASCENSION D’ANTHONY BOUTHIER

ARTICLE DU FIGARO DU 10 janvier 2020

 

MONTPELLIER : LA FOLLE ASCENSION D’ANTHONY BOUTHIER

Par David Reyrat

 

Publié le 10/01/2020 à 17h39

 

Ancien maçon, jamais passé par un centre de formation, devenu pro sur le tard, l’arrière du MHR n’a découvert le Top 14 qu’en août dernier. Avant d’être appelé, mercredi, en équipe de France.

 

 

Il y a du Finn Russell, le génial ouvreur du Racing, chez Anthony Bouthier. Comme le fantasque Écossais, le nouvel appelé en équipe de France était, il y a encore six ans, maçon. À l’époque, le Landais joue avec les Espoirs à Dax, club de Pro D2. Mais ses horaires - il travaille dans l’entreprise de son oncle à Pouillon - rendent incompatible son intégration au centre de formation. L’ouvreur ne sera donc pas conservé. Grâce à un ami, il trouve cependant un point de chute : Vannes, en Fédérale 1. Il a 22 ans et s’engage pour une saison, comme semi-pro. Sans plan de carrière. Juste histoire de voir. De se jauger.

 

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Deux ans plus tard, Anthony Bouthier a inscrit 14 essais en 19 rencontres et marqué le match de la montée contre Massy d’un raid victorieux de 80 mètres. Le voilà en Pro D2, replacé à l’arrière et nommé capitaine du club breton. À l’étage du dessus, il continue à se faire remarquer. Au point de taper dans l’œil de… Montpellier qui lui passe un coup de fil en mars 2019. La consécration ? Plutôt un petit coup de panique pour commencer.

 

«Quand Montpellier m’a appelé, j’ai eu peur. Est-ce que ça valait le coup ?»

 

Anthony Bouthier

«On avait fait une très bonne année avec le RCV (demi-finale de Pro D2, NDLR), mais je ne me disais pas du tout que j’avais le niveau pour aller au-dessus. Quand Montpellier m’a appelé, j’ai eu peur. Est-ce que ça valait le coup ? Les Vannetais m’ont rassuré, m’ont dit que je pouvais le faire, mais je les trouvais juste bien gentils. Moi, j’étais loin de tout ça, a-t-il confié à Ouest France. Puis j’ai réfléchi. C’était une grosse marche à monter, je me doutais que ça allait être dur, je me disais que je n’allais peut-être pas y arriver, mais je gardais ça dans un petit coin de ma tête. Et puis, au pire, je retournerais en Pro D2.»

 

Quatorze titularisations et cinq essais avec le MHR

Il débarque donc l’été dernier au MHR. Se fait tout petit au milieu d’un effectif regorgeant d’internationaux. «Dans les vestiaires, je suis assis entre Nadolo et Steyn», remarque Bouthier, légèrement impressionné.  Je me suis fait tout petit. Partager le maillot avec des joueurs qui sont en équipe de France depuis dix ans, ou avec l’Afrique du Sud, ça donne un peu le vertige.» Mais il est déterminé à saisir sa chance. À savoir enfin, à 27 ans, s’il a le niveau pour le Top 14, la Coupe d’Europe. Un monde nouveau. La réponse tombe sans tarder. Il espérait «grappiller un peu de temps de jeu». Il aligne quatorze titularisations, inscrit cinq essais, multiplie les relances au long cours. Et un nouveau coup de téléphone. Cette fois de Raphaël Ibanez, nouveau manager du XV de France.

 

«Avoir une feuille de match pendant le Tournoi, ce serait l’apothéose»

 

Anthony Bouthier

«J’ai manqué l’appel, raconte, toujours aussi désarmant, Anthony Bouthier à nos confrères de Ouest France. En écoutant le message, je n’y croyais pas. Il y avait d’autres joueurs présents en équipe de France depuis quelques années à l’arrière… Je n’y crois pas trop encore d’ailleurs. Pour l’instant, tout ce que je sais, c’est qu’on se retrouvera le 19 janvier à Nice. Je n’en sais pas plus, on verra. Mais avoir une feuille de match pendant le Tournoi, ce serait l’apothéose.» L’aboutissement d’une carrière improbable, d’une ascension fulgurante.

 

«Et dire qu’il y a six ans, j’étais maçon… Tout est tellement rapide. Je n’ai même pas encore eu le temps de me faire au Top 14 et à la Coupe d’Europe que je me retrouve avec l’équipe de France. Je me demande où ça va s’arrêter. Si je vais me cogner quelque part et me rendre compte que tout cela n’est qu’un rêve…» Des rêves, désormais, il en a d’autres. Comme celui de remporter un titre majeur. Lui qui rappelle souvent en riant que son palmarès ne comporte qu’une ligne : champion Côte Basque-Landes de 3e série avec l’équipe… réserve de Pouillon. Il avait alors 18 ans. Dix ans plus tard, il s’apprête à enfiler le maillot bleu.